Le fil #34

Tis the time’s plague when madmen lead the blind.

(quelle époque terrible que celle où des idiots dirigent des aveugles.)

Shakespeare

 

Everything…

Seeing is a discipline

To know what one ought to do is certainly the hardest thing in life

Dans les brumes du décalage

Being sucked into doing the very opposite

Being sucked into being busy doing that

outside of yourself

il n’y a plus de service au numéro que vous avez composé

 i am moving on

exploring the new realms

Landed in the zone

et comme le disait si bien Tom Petty: Now I’m free, free fallin’

Engaged in the process

That’s what i say

 

Patrice

 

 

 

 

 

 

 

 

Or je suis dans la ville opulente (extraits)

pour trouver la trace de mes signes arrachés emportés
pour reconnaître mon cri dans l’opacité du réel

or je suis dans la ville opulente
la grande Ste Catherine Street galope et claque
dans les Mille et une Nuits des néons
moi je gis, muré dans la boîte crânienne
dépoétisé dans ma langue et mon appartenance
déphasé et décentré dans ma coïncidence
ravageur je fouille ma mémoire et mes chairs
jusqu’en les maladies de la tourbe et de l’être
pour trouver la trace de mes signes arrachés emportés
pour reconnaître mon cri dans l’opacité du réel

or je descends vers les quartiers minables
bas et respirant dans leur remugle
je dérive dans les bouts de rues décousus
voici ma vraie vie — dressée comme un hangar —
débarras de l’Histoire — je la revendique
je refuse un salut personnel et transfuge
je m’identifie depuis ma condition d’humilié
je le jure sur l’obscure respiration commune
je veux que les hommes sachent que nous savons
 

Gaston MIRON, Monologues de l’aliénation délirante

Remous

Fuis cette onde placide

Où s’ébat trop de ciel;

Je saurai de mon ventre flude

T’arracher au soleil. Je saurai,

Tes jambes à mes jambes sœurs

Et ton cœur enserré de mes bras,

Épuiser l’ultime paysage

Du dernier souvenir.

 

Ta nuit seule en ma nuit;

Ton âme flétrie à mon agonie;

Ta musique ardente morte à mon long silence:

Je glisserai sur toi mes lentes caresses d’algues…

Et dans les conques nouvelles de ta bouche et tes yeux

J’éterniserai

La mortelle douceur de mon baiser

Et de mes larmes.

 

Alfred DesRochers  Voie d’eau

Poèmes en feu

Mes désirs ont gravé des fleurs de marbre
Dans les vagues insensibles

 

Ruines de mes idoles
Frayeur de mon espoir insensé
Je sens la terre et le ciel vibrer en moi
Tous les hommes habitent ensemble
Les portails de mon cœur

Les hommes n’ont plus besoin de dieux
Mon cœur est maître de cette mer
Immense et rageuse
Mes désirs ont gravé des fleurs de marbre
Dans les vagues insensibles

Sans crainte ni regret
J’ai joué le drame de chaque âme
Le dur horizon me serre encore les yeux
Et sur des neiges éternelles
Au pied de l’autre aurore

J’ai brûlé tous les poèmes de l’homme.

 
Gatien Lapointe, Jour malaisé

Le dernier poème d’amour

1.
Je me rappelle des trains
Je me rappelle des trains qui se promenaient
de droite à gauche à droite dans les grandes
fenêtres de ton grand appartement sous le
petit ciel de Sudbury.

Deux ans si c’est pas plus et je n’oublie
pas le goût de ton cou le goût de ta peau
ton dos beau comme une pleine lune dans
mon lit.
Le goût de te voir et le coût de l’amour
et nos chairs hypothéquées jusqu’au dernier
sang.

Je me rappelle des trains qui ont déraillé
dans tes yeux
Le nettoyage a été long.

2.
Dans le restaurant on vieillit autour
d’un verre de vin.
Dehors le scénario est toujours le même :
une banque sur un coin une église sur l’autre.
L’amour nous évite comme quelqu’un qui
nous doit de l’argent.
Tu es en face de moi et
tu es en feu dans moi et
je te désire.
Ton manteau de fourrure ton sourire
ô animal de mes réveils soudains.

Ensoleillée mais froide
ta beauté s’étend comme des violons
sur la neige brûlée.
Tes yeux trempes
tes yeux trompent.

Le silence se couche entre nous.

3.
Cette photo de toi tu es quelque part
dans ce brouillard de couleur tu
pars dans ton char ton oldsmobile
mouillée et rouillée c’est évidement
l’automne ou peut-être même
le printemps c’est une mauvaise photo
du bon vieux temps
un polaroid trop près de la mémoire.

Tu te peignes dans le rétroviseur
je te colle sur mes paupières pour
te voir quand je dors
et soudainement tu es dehors avec
le soleil dans les flaques d’eau et
les jeux du jeune et tu
es aussi belle en souvenir que dans
la vraie vie et

nous sommes les seuls survivants
de la guerre
et ceci
est le dernier poème d’amour
sur la terre.

 

Patrice Desbiens Le dernier poème d’amour

En marge (extraits)

Le point essentiel, c’est que la vie essaie de vous tuer de centaines de manières différentes. Il faut être alerte, capable de réagir en une fraction de seconde.

 

Il existe une autre approche, très virile, et qui s’est montrée utile, une variante du bushido dont je me suis parfois inspiré. Elle peut sembler un peu sentimentale, mais elle a prouvé son efficacité durant presque toute l’histoire de l’humanité sur cette planète. Le point essentiel, c’est que la vie essaie de vous tuer de centaines de manières différentes. Il faut être alerte, capable de réagir en une fraction de seconde. Quand ce ne sont pas les bêtes sauvages, ce sont vos ennemis humains, vos habitudes et votre conditionnement, vos sens paresseux.

[…]

Le but est d’éliminer l’horreur. Cela nécessite un niveau d’attention élevé. Les cochons adore se vautrer dans la boue et notre psyché a un penchant pour les bains de boue. S’y vautrer est parfois apaisant. Nous préférons être abrutis plutôt qu’écrasés. Malheureusement, les diverses variantes de l’apitoiement sur soi sont les émotions les plus dangereuses que nous puissions connaître.

 

Jim Harrison En marge