L’Hiver (extraits)

la peur

de l’agonie amoureuse

est tombé au sol

je l’ai mêlée

aux fruits mûrs

monsieur Voillot

les broyant

en fera du cidre

l’ambre en restera

nous la boirons

ensemble

dans le partage

des mots

allongés dans le gîte

des passants

nous y perdrons nos ombres

en gagnant nos corps dans la nuit

paysan et sismographe du monde

je vais devoir quitter les lieux

non pas de ma belle mort

mais d’une chose en rapport

avec le temps et l’espace

l’ordre ne vient pas de dieu

mais d’une main aussi invisible

et tout autant puissante

un contrôleur a fait des paris

il engage ma vie et mon destin

il s’agit de moi de mes enfants de ma terre

dans chacun de mes hectares je suis concerné

la force nommée n’a pas de visage même à la télé

pourtant par force de loi elle m’ordonne

de mener mes fils et mes filles près du dolmen

de les lui offrir

de les lui sacrifier

de lui brûler mon blé et mon maïs

de lui tarir mes brebis et mes vaches

de lui faire couler à vide mes tonneaux

elle me commande

comme on le faisait dans un grand livre

lu quand nous étions trop petits

pour comprendre

que l’histoire se répète

 

Denise Boucher Grandeur nature

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s