Or je suis dans la ville opulente (extraits)

pour trouver la trace de mes signes arrachés emportés
pour reconnaître mon cri dans l’opacité du réel

or je suis dans la ville opulente
la grande Ste Catherine Street galope et claque
dans les Mille et une Nuits des néons
moi je gis, muré dans la boîte crânienne
dépoétisé dans ma langue et mon appartenance
déphasé et décentré dans ma coïncidence
ravageur je fouille ma mémoire et mes chairs
jusqu’en les maladies de la tourbe et de l’être
pour trouver la trace de mes signes arrachés emportés
pour reconnaître mon cri dans l’opacité du réel

or je descends vers les quartiers minables
bas et respirant dans leur remugle
je dérive dans les bouts de rues décousus
voici ma vraie vie — dressée comme un hangar —
débarras de l’Histoire — je la revendique
je refuse un salut personnel et transfuge
je m’identifie depuis ma condition d’humilié
je le jure sur l’obscure respiration commune
je veux que les hommes sachent que nous savons
 

Gaston MIRON, Monologues de l’aliénation délirante

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