Une (autre) histoire d’amour.

 

Lève-toi quand ton fil se mélange à la carte du ciel…

 

L’équilibre, en soi, c’est fragile qu’il disait. Puis il s’est mis à raconter des choses sur l’amour. L’équilibre, c’est comme l’amour, quand tu le perds, tu ne peux pas le retrouver par la force, par la volonté. Un jour il était tombé en amour, il trouvait ça drôle comme terme.

  • je m’demande pourquoi on dit tomber en amour, ça sonne drôle tu trouves pas ? C’est comme tomber au combat…tomber du ciel…tomber des nus…sur la tête

Pour lui, ça sonnait comme une faiblesse, au même niveau que quand quelqu’un se casse la gueule. Mais il ne pouvait pas s’empêcher de tomber en amour, c’était plus fort que lui.

Un jour il avait rencontré une fille, c’était la fin de l’année scolaire, un coup de foudre qu’il aimait dire, histoire de donner un peu de piquant à cette aventure (coup de foudre, aventure, décidemment notre homme n’est pas avare d’épithètes). C’était le printemps donc, saison propice s’il en est, pour les ébats amoureux et tout autre rapprochement intime. Il allait se lancer tout feu tout flamme dans ce mélodrame qui allait mal finir je vous le dis tout de suite si jamais vous ne voulez pas aller plus loin, parce que les histoires d’amour finissent mal en général chantait Rita, mais ne mélangeons pas les époques.

Il n’avait pas pu résister à sa petite frimousse, à ses grands yeux tout bleus comme un ciel sans nuages, il disait, c’est comme si elle était affamé de la vie. Bono chantait I have climbed the highest mountains / I have run through the fields / Only to be with you / Only to be with you…

Il avait peut-être trouvé ce qu’il cherchait, ces idées d’escalader les montagnes les plus hautes, de courir à travers les champs, pour être avec elle, contaminait sa cervelle qui se situait déjà quelque part dans les limbes du pacifique. (c’était une fille de l’ouest).

  • Pourquoi je ne l’avais pas remarqué avant, pourquoi elle m’avait touché à ce moment-là ? se demandait-il

Mystère et boule de gomme qui sait pourquoi tout ça ? Pas moi en tout cas. Une autre touche du grand maître de l’échiquier.

Un soir dans un bar, après quelques verres, elle lui avait tendu un petit mot avec des dessins dessus, un soleil, des fleurs, des pancakes, juste à côté, elle avait écrit « pancake » parce que ce n’était pas clair comme dessins. C’était une invitation à un brunch, le lendemain matin.

Ils sont rentrés plus tard ensemble, titubant sur la rue St-Denis. Juste au moment de se dire au-revoir, c’est là qu’ils se sont embrassés pour la première fois, un de ses baisé où le spectateur a le temps d’aller faire ses besoins et de se faire cuire un œuf. Puis ils sont retourné tout bêtement chacun chez soi dans un interminable fade out.

Cette nuit-là, il n’avait pas dormi. Ce baiser ajoutait à son ivresse une sensation exquise. Comment dire, peut-être que ce qu’il ressentait, c’était ça l’amour. Jusqu’à ce moment-là il n’avait rien ressentis de semblables. En tout cas, il était bien disposé à suivre ce courant qui allait, malgré lui le mener dans des régions inexploré de lui-même. Pourquoi pas.

C’était bien ce qu’il voulait, non ? Il était au commencement de sa vie, sa vie encore pleine d’illusion en ce qui concerne l’amour, les clichés de films, où un couple vit dans une baraque sur le bord de la mer, où ils baisent à tous les jours sur des airs de violon lancinant, en se foutant des lendemains, en buvant des bières fraîches, en fumant des cigarettes, les films où les filles regardent les garçons avec des grands yeux admiratifs, et qui crie des je t’aime la tête au vent dans des vieilles décapotables rutilante.  Dans la vraie vie, du moins la sienne, ça ne ressemblait pas vraiment à ça, c’est pour ça qu’il affichait toujours ce petit air tristounet, il disait, je suis un mélancolique. C’était plus poétique. Il disait y a pas vraiment d’amour, ça, c’est quand il avait bu quelques bières flattes en fut dans un pub perdu de la rue Laurier, là, le ciel bleu s’assombrissait.

Cette relation n’allait durer que quelques mois, à vraie dire, quelques semaines tout au plus. Au retour de l’été, ils allaient chacun prendre des chemins opposés. Elle dans son ouest natale, dans les forêts brûlante de la Colombie-Britannique, et lui, dans l’est, non pas là où soleil se lève mais bien là où s’arrête les oiseaux en plein vols.

S’en est suivi une période épistolaire, des lettre qu’elle signait avec un baiser de ses vraies lèvres sur lesquelles elle avait mis du rouge à lèvres, qu’il embrassait de façon pathétique dans sa chambre où il passait la majeure partie de son temps à écouter des chansons tristes de Francis Cabrel, ami cherche un autre ami perdu dans l’immensité dénue… puisqu’on ne vivra jamais tous les deux. Pour ne nommer que celles-là.

Ses lettres à lui était rempli d’un lyrisme naïf que la distance n’avait rien fait pour arranger les choses.

L’autre jour quand j’ai pris le chemin de la montagne j’ai pensé à toi, et j’ai sentis monter en moi un grand amour de l’humanité un grand besoin de te parler de te prendre dans mes bras, de t’embrasser…

Il disait qu’ils allaient se retrouver, qu’ils allaient s’aimer encore et toujours.

Les retrouvailles n’allaient malheureusement pas se passer aussi bien.

C’était comme si la séparation avait brisé le lien qui les avaient si intensément lié au début.

C’est là, en essayant de se retrouver que tout allaient se casser en mille morceau, que la tentative de recoller les morceaux s’avérait être peine perdu.

-Ça n’a plus du tout été pareil, rajouta-t-il. Tu vois, c’est ça, le truc, tu tombes, tu remontes, et tu retombes et tu remontes jusqu’à ce que ton fil se mêle à la carte du ciel conclua-t-il en s’ouvrant une bière fraîche.

 

Bonne semaine !

 

Patrice

 

 

 

 

 

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