Mon premier Ironman (suite)

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Le Grand jour

3h30, le réveil sonne. C’est aujourd’hui que ça se passe. Je fais ma routine du matin, je ne change rien, yoga, méditation. Grisnoula prépare les smoothies et autres bouteilles pour la journée. Le marquage est à 5h. Le départ de ma vague à 6h54. Pas question de se précipiter. Il fait chaud et humide, je m’attendais à plus froid. Il ne pleut pas, pas encore du moins. C’est parfait. 2 hommes dans la soixantaine se font marquer en même temps que moi. Je les remercie de me faire sentir jeune. On rigole. Me voilà marqué, 2587 sur les bras et 50 sur un mollet (c’est mon âge). Je vais préparer ma monture, gonflage de pneu, remplissage de bouteilles, gèles, bars et tutti quanti. Le tempo est bon. C’est parfait. Nous allons tranquillement vers la zone de départ. Il n’est pas encore 6h, ça me laisse du temps pour me relaxer. Rien d’autre à faire de toute façon. On se trouve une place sous un arbre en face des toilettes chimique ou les portes claques les unes après les autres. Beaucoup de monde, beaucoup de bruits, j’ai hâte d’être dans l’eau, là où tout est calme et presque volupté. J’enfile tranquillement ma combinaison Isothermique, et nous avançons vers la plage. Boum-boum-boum-boum-boum-boum (ça c’est mon cœur qui bat). Cérémonies protocolaire, départ des pros – c’est le moment de dire au revoir à Grisnoula non sans émotion. On se voit à l’arriver dans moins de 17h. Et voilà. La plage est bondée. On avance doucement en serpentin, l’heure est solennelle. J’ai finalement accès au lac. Je vais me réchauffer. J’ai au moins une quinzaine de minutes encore. L’eau est bonne et fraîche. Je sors pour me diriger vers l’arche du départ, c’est comme une continuité. Ces dernières minutes me semble une éternité. J’entends des cris. Je regarde vers la foule si je ne vois pas Grisnoula, pas de Grisnoula. La marche est sérieuse. On ne rigole plus devant l’ampleur du défi qui nous attend. La journée va être longue. Je me tiens à l’extrémité gauche pour le départ pour éviter les coups de pieds et autre accrochages possibles.

Et sonne la trompette

Me voilà parti, me voilà enfin dans le feu de l’action de mon premier Ironman. Me voilà dans l’eau avec ma bonne vieille respiration, les bulles, la bonne vieille cadence. 1 et 2 et respire et 1 et 2 et ainsi de suite. Le ciel, les nuages, la montagne impassible, les bulles, les casques multicolores. Ma tâche est claire comme l’eau du lac Supérieur : je dois simplement nager, mon corps sait ce qu’il a à faire. Je prends un rythme, c’est comme une musique, je sors la tête, la montagne le ciel et je replonge, les bulles, je pense : longue brassée, longue brassée, attrape l’eau, relaxe, puissance, go-go-go! Je ne pense pas (encore) à la distance, c’est mon plan, j’ai décortiqué le tout en petite partie, à chaque petite étape franchie, c’est comme une petite victoire, ça me rapproche de plus en plus du but. Ainsi, la portion nage se compose de 3 petits km plus un petit 800 m. les derniers mètres étant encourageant en soit. On entend la voix de l’animateur maison, les cris de la foule etc…

Mes pensées se dirigent vers mes jambes, je les active tranquillement pour le vélo, je pense à mon sac de transition, j’ai bien visualisé ou il est. Je sors de l’eau, une autre petite victoire, me voilà sur la terre ferme, c’est du solide, je suis dans les temps.

Le vélo

Et c’est partie pour le vélo! 4 petites sorties de 45 km, soit 2 boucles de 90. C’est tout! Je suis dans une position familière, j’ai roulé des centaines de fois, mon corps sait ce qu’il a à faire. Rien de nouveau sous le soleil, qui ne se montrera pas trop d’ailleurs pendant les 8 prochaines heures. Je dois maintenant penser à m’alimenter, à m’hydrater, je dois rester concentrer tout le long et bien gérer tout ça. Et voilà la pluie. Je ne dois pas me laisser démonter par ça, garde le morale me dis-je, me voilà devenue mon propre coach, mon propre directeur sportif. Pousse assez pour ne pas avoir froid, mais pas trop pour ne pas te casser. Reste sur cette ligne, garde un bon rythme, ne traîne pas. Le cut-off est à 17h30, ça serait vraiment bête de ne pas pouvoir terminer à cause du cut-off. Ça sera mon seul stress sur le vélo. Tout peu arrivé. Je reste positif. La route est mouillée je demeure prudent. J’élimine toute pensée négative. Sur le bord de la route, des crevaisons, des gens en hypothermie, des accidents. J’essaie de ne pas me laisser affecter par ça. Le vent se lève. Et un petit 45km et un autre et ainsi de suite. La pluie s’arrête juste avant ma transition pour la course. Je suis plein de reconnaissance. Me voilà en train de remercier tous les saints du ciel. Nous allons courir au sec. Halleluia!

La course

Grisnoula et mes enfants sont à l’arrivée du vélo. Ça me donne un bon coup de chaleur au cœur. 45 minutes avant le cut-off, je respire. Plus que 42.2 km. 2 petites boucles de 21 km et quelques poussières. Aller 10.5 et on revient 10.5, et rebelote. Mon attention est sur mes jambes. Elles tiennent le coup. Et hop un orage en partant, et pourquoi pas. Et voilà les pieds mouillés, je commence à être habitué, sauf que là, le déplacement se passe par les pieds. Bon on ne va pas en faire un plat. Il ne fait pas froid, c’est toujours ça. Je décide de marcher aux stations, je prends de l’eau et quelques bananes – j’ai 2 bouteilles à ma ceinture avec de l’électrolyte, ça devrait aller. Le cardio est bon, je me maintiens entre 135 et 140 ppm. C’est parfait. C’est mon rythme. Je me concentre pour rester en contrôle. Je dépasse pas mal de monde, ça remonte le moral. Et hop la première boucle. Je croise la ligne d’arrivée, là, ça donne un coup. Tout le monde me félicite, ils pensent que j’ai finis. Mais non, juste avant de franchir l’arche de l’arrivée, je tournes à droite. Et on repart pour la 2ième boucle! Je reviens dans une heure criai-je en dedans de mon for intérieur. Et  boom la noirceur. Les visages, les masques de douleurs, c’est comme un film d’horreur. Ils ont installés des lampadaires. Je cours d’un point de lumière à un autre. C’est comme un jeu. Ça fait passer le temps. Je dois faire un effort plus grand pour rester concentrer. Le mental se fatigue aussi. Relaxe. Demain ça fera partie des souvenirs. Et voilà le dernier droit. On rentre à la maison. Les jambes tiennent bon. Quelques ampoules à cause de l’orage du départ, mais c’est tout à fait soutenable. J’entends au loin, les voix de l’arrivée. Je commence à penser : je dois profiter de ce moment-là, je dois savourer cette victoire au plus profond de mes fibres. Ça fait trop longtemps que je rêve de ce moment, je ne dois pas passer à côté! Je vais m’agenouiller juste en dessous de l’arche, ça sera beau ect….reviens, reste concentrer quand même, et si tu te tordais un genou, ou une cheville dans le noir? Reviens ne te perds pas dans les abîmes du rêve! La mise en scène est prête. Tu vas taper toutes les mains le long du parcours, en arrivant tu vas bien écouter l’annonceur prononcer ton nom, scander que tu es un Ironman! Tu t’agenouilleras et après on verra. Me voilà sur la ligne d’arrivée, je respire à fond! OH MY GOD! OH MY GOD! Je tape toutes les mains qui se tendent BRAVO! BRAVO! OH MY GOD! Quelle délivrance! La petite montée devant l’arche, l’hôtel des écorchés. Je m’incline. Je m’agenouille tel que prévue. Je me relève péniblement, mais je me relève tout de même.

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Et voilà! C’est comme ça que ça s’est passé. C’est comme ça que je suis devenu un Ironman.

À cet instant même, j’avais complètement oublié que je venais de me taper 3.8km de nage, 180km de vélo et un marathon pour couronner le tout.

L’intensité de ma joie venais d’effacé toutes mes petites douleurs de mortel. Après tout, ne venais-je pas de me faire sacrer Ironman?

Carpe Diem

Patrice

 

Cape Cod juin 2015, 1ère partie

614 km exactement, de notre maison à Montréal pour se retrouver à l’extrémité Est du continent, devant l’Atlantique, West Yarmouth, au sud du Cape Cod. La voiture est enfin packeté (sic), nous n’avons pas encore appris à voyager léger, ça rend la voiture plus adhérente, un mal pour un bien. Je contrôle mon excitation, nous en avons pour au moins 7 heures, faut croire que le bonheur, ça se mérite, avoir la finalité en tête, j’exploserai sur la Seagull Beach.

Ça fait 14 ans qu’on va là-bas, c’est comme si on retournait à la maison. 2001 la première fois qu’on est venu, c’était pour visiter des amis à Boston, nous avons profité de l’occasion pour aller faire une petite escapade au Cape, une centaine de km à peine, un peu plus d’une heure et nous y voilà. Ça nous a plu, depuis, on y retourne presque à chaque année, on est comme ça, quand on aime, c’est pour toujours.

Le ciel est nuageux au départ, mais il ne pleut pas. Pas trop chaud, pas de soleil, c’est bon pour la route. Allez hop, la 10 vers Sherbrooke, sortie 22, la route de la Vallée-du-Fort, la 35, nous voilà à la frontière Américaine, le “Highgate Springs border” avec nos sympatiques agents Américains, un jeune au poste ce coup-ci, pas très souriant, le profil de l’emploi, where are you going?- anything to eat?, Grisenoula lui montre un sac (transparent) avec des bananes, des pommes, what is that?, je me retiens, on ne rigole pas avec ces gens là, alcool, cigarettes? No sir! Il nous redonne nos passeports, have a good day! lui-dis-je, une coche trop enthousiaste, “suspicieusement” gentil, mais bon, personne à nos trousse, une 20taine de minutes en tout et nous voilà sur la 89.

Ça commence à sentir le bonheur. C’est à ce moment là en général, qu’on commence à avoir envie de pipi aussi. Bientôt notre premier pit-stop, la Halte Georgia, quelques minutes à peine passé les frontières, où il y a du bon café, le Green Mountain Coffee, pour un don suggéré de $1.00, j’en prend un, juste au cas. Je ne suis pas sûr que la café soit la bonne substance pour moi, l’idée c’est de rester le plus détendu possible tout en étant le plus vigilant possible. En traversant le Vermont, ‘y a du brouillard, des orages par endroit, je garde une vitesse autour de 100, pas plus, je garde un oeil sur les flaques pour éviter l’aquaplanage, heureusement, nous sommes lourd, comme des Américains ;), ça demande plus d’énergie mais je suis en contrôle, j’ai un océan dans la mire. J’ai téléchargé le dernier album de Muse (Drones), Grisenoula nous plogue l’ipod, c’est mieux que le café. Après, on écoute “Absolution” histoire de voir l’évolution, c’est dans la voix que ça se passe, ils sont un peu plus sharp aussi. L’air de rien, nous voilà au New Hamshire, pour notre 2ième pit-stop, nous arrêtons au Liquor Store, dans leur nouveau bâtiment, où il y a des petits snacks shop, la pluie tombe dru. Nous achetons une bouteille de vodka et 2 Berringer, un Merlot et un Pinot noir.

Sur la 93, il a plu presque tout le long. Le trafic est plus dense et plus rapide aussi, je fais un effort pour rester vigilant, je pense au tunnel de Boston, tout juste passé le pont, en face du TD Garden où joue les Bruins entre autre. Depuis quelques années, il me donne une drôle de sensation ce tunnel, c’est pas très agréable comme sensation, mes pulsations cardiaques se mettent à augmenter, mon imagination s’emballe, c’est comme si j’allais perdre connaissance, c’est vraiment pas le bon endroit pour ça, ‘y a pas d’endroit pour arrêter, mais je pense, entre autre à ma Grisenoula, pas question de s’arrêter dans ce tunnel, je dois rester complètement détendu, c’est le secret, je dois prendre le stress à la source et l’empêcher de faire ses ravages, saisir la bête, j’ai besoin d’une bonne dose de volonté, je souris, un peu forcé, mais tout de même, j’envoie un message à mon cerveau que tout ce passe bien, que c’est agréable, je respire tranquillement, je regarde dans mes rétroviseurs, je suis dans le rythme, j’ai réussis, dès le début, la sensation disparaît, tout va bien, je vois la lumière au bout du tunnel, il est quand même long ce satané tunnel.

Nous voilà sur la 3, the Pillgrims Highway, nous sommes les joyeux pèlerins de retour au bercail. Encore une petite heure et nous y serons. Amener ma petite Grisenoula tout d’un morceau sur la Seagull Beach! Comme il ne fait pas soleil, nous arrêtons au Whole food Market à Hyannis pour faire quelques courses.

Check in au Mariner, chambre 214, on déballe nos valises, Grisenoula range quelques trucs, je vérifie le Wi-FI, mot de passe: vacation, je n’ai pas la patience pour la lenteur du réseau. 17h, on s’en va à la plage avec dans notre glacière, le pinot, notre kit de plage et nous trinquons en face du magique et majestueux Atlantique, encore une fois. Halleluia!

Cape Cod Juin 2015

Cape Cod, Seagull Beach, Juin 2015