Les chemins de travers

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Personne ne peut bâtir à ta place le pont qu’il te faudra toi-même franchir sur le fleuve de la vie, personne hormis toi. Certes, il existe des sentiers et des ponts et des demi dieux sans nombre qui offriront de te porter de l’autre côté du fleuve, mais seulement au prix de toi-même: tu te mettrais en gage et tu te perdrais. Il n’existe au monde qu’un seul chemin sur lequel nul autre que toi ne peut passer. Où mène-t-il? Ne te le demande pas. Suis-le. (Friedrich Nietzsche, considérations inactuelles III).

 

C’est le matin, je suis à mon bureau, ma concentration est bonne je sens que je rentre dans quelque chose, puis, quelqu’un descend les marches juste en face de ma fenêtre (mon bureau est en bas, on peut y accéder par l’extérieur) je bondis : j’peux vous aider!? I am here for the keys, dit-elle avec un accent incomprehensible, WHAT? The keys….c’est le voisin, son apart est sur AIRBnB. Et voilà, les pensées que j’avais à portée de main, parties, disparues. Où en étais-je.

Tu vois, ce genre de chose, ça arrive tout le temps. Le pire c’est quand l’interruption vient de toi-même, t’es en plein dedans, et puis bang ! faut pas qu’j’oublie de téléphoner un tel, d’aller acheter un truc avant que ça ferme… tu retournes à tes brebis, plus rien, un champ vide, un blanc, comme une page blanche qui te regarde la bouche grande ouverte parce qu’elle est affamée, cette page, c’est qu’elle est insatiable cette page, mais toi tu es dans le brouillard. Plus rien. Le noir.

Enluminure de la semaine qui vient de passer :

Note pour moi-même : ne pas oublier de mettre mon détecteur de bullshit à ON.

Walk the talk.

BTW, saviez-vous qu’il existe un cours qui s’appel Calling Bullshit qui a été monté par 2 prof de l’université de Washington, Carl Bergstrom et Jevin West. Vous pouvez y jeter un coup d’œil ici : YouTube playlist

WORK HARDER…non, work SMARTER! You think you are smart?

WORK SMARDER : )

Sois honnête : est-ce que tes ambitions sont suffisamment élevées ? Est-ce que c’est la meilleure chose que tu es capable de faire ?

à lire :

The lighting of western Philosophy de Bertrand Russel

Reasons and Persons de Derek Parfit

The last word de Thomas Nagel

Life’s operating manual de Tom Shadyac

The road less travel de M. Scott Peck.

Dans mon carnet :

Saisis-moi au passage si tu as la force, et tâche à résoudre l’énigme du bonheur que je te propose. Proust Le temps retrouvé.

Ma vertu préférée ? L’honnêteté

Show up-show-up and show-up! Do the work – is less painfull than the guilt of not doing anything.

“the self is never to be found but must be created, not the happy accident of passivity, but the product of a thousand actions, large and small, conscious or unconscious performed not ‘away from it all” but in the face of “it all” for better or for worse, in work and leisure rather than in free time”

Robert Penn Warren.

Of this there can be no question — creative work requires a loyalty as complete as the loyalty of water to the force of gravity. A person trudging through the wilderness of creation who does not know this — who does not swallow this — is lost. He who does not crave that roofless place eternity should stay at home. Such a person is perfectly worthy, and useful, and even beautiful, but is not an artist.

Mary Oliver

 

C’est le matin, je travail, il n’y a plus rien d’autre qui existe. Désolé si je suis en retard, ça se pourrait même que j’arrive pas du tout.

je vous souhaite une bonne semaine prolifique.

 

Patrice

 

Variations sur le temps présent

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C’est dimanche, c’est frisquet. Je suis en train de m’installer un nouveau bureau dans la deuxième chambre qui fait office de chambre quand les enfants dorment à la maison. Je gonfle et dégonfle le gros ballon d’exercice qui me sert de chaise. Je dois trouver une bonne position pour pouvoir travailler longtemps. Quand ce n’est pas une mouche c’est la chaise qui pousse le délai avant de me mettre à l’ouvrage. Avec ce ballon j’ai le dos droit, je ne me retrouve pas les tripes coincées comme quand je suis écrasé dans une chaise. On dirait que les idées circulent mieux, ça reste à prouver. Dimanche, je vais tout de même essayer de sortir quelque chose sur Carpe Diem comme prévu.

Vision panoramique de la situation:  devant, le ciel, l’espace, c’est la limite, derrière le temps écoulé, la vie vécue, devant ma vie rêvé. Un jour peut-être que ça va se scinder, la terre, le ciel, juste au milieu, un point de rencontre, une fusion. Devant, il y a une/des tentatives de me retrouver, un enfant qui joue dans ses propres ruines. J’écoute Les variations Goldberg, jouées par Glenn Gould. Je regarde la photo du disque, celle-là sur zenph re-performance. Quelle photo ! Quel calme ! Il y a dans son regard une intensité, mais sans tension, une courbe légère dans le corps. La fusion. C’est de ça qu’il s’agit non ? L’union intime avec un objet, un être. Je ne peux pas m’empêcher de penser à l’alchimie. Cette idée de transformer des matières viles en matière noble. C’est attirant comme idée non?

Dimanche le vent souffle, on dirait le son des vagues, un des avantages de l’imagination. J’avance tranquillement sur ma page. J’en suis à la variation 25 (à deux claviers) toute lente, j’allais dire tout en douceur. Peut-être. On dit qu’il y a de la douceur dans le génie. C’est merveilleux. Ça devrait être obligatoire dans les écoles. L’écoute des variations je veux dire. Juste l’écoute, sans aucune explication débilitante, on s’étend et on écoute. 39 min 19 sec que ça dure. C’est pas la mer à boire ! Il y a sûrement des études qui prouvent les bénéfices d’une telle écoute. C’est qu’il est dure à battre ce Gould, quel génie dans l’interprétation.  Ça me transporte en dehors du temps.

Dimanche, j’essaie de ne pas trop penser à demain, c’est que je dois retourner au boulot. C’est pas que je me plains, loin de moi l’idée. Quoique. Non. Les vacances, c’est bien, on a du temps, et j’ai bien avancé dans mes projets. C’est toujours ça de prit. Je pourrais terminer là-dessus. C’est toujours ça de prit ! Voilà qui fini bien.

À la revoyure les zaminches !

La défriche

photo: Patrice Savard
Canal Lachice 11.12.16 photo: Patrice Savard

Défricher : Mettre en culture un terrain boisé ou resté en friche, ou rendre propre à la culture un terrain inculte.

Déblayer une question, un domaine, les mettre en ordre pour la première fois avant de les étudier à fond ; dégrossir. Larousse

Chez ceux qui sont le plus vivants…les plus eux-mêmes, la vie du corps est subordonnée à une vie plus haute qui se trouve en eux; elle s’abandonne calmement à la vitalité beaucoup plus abondante d’un esprit qu’on trouve sur un plan qui défis l’observation et les mesures… Thomas Merton

4h30 sonne le réveil, j’ai décidé de me lever tôt. Rien d’extraordinaire. Je veux utiliser ce temps pour travailler sur mes projets. Ça me donne un bon 2h30 plein où je peux me concentrer tranquille et surtout dans la continuité. Autrement, je dois suivre les horaires de quelqu’un d’autre, je dois gagner ma vie.

L’idée, c’est qu’avec de l’attention et des soins particuliers en s’appliquant sur une tâche précise, on peut réussir à sortir quelque chose de bon. Ça ne veut pas dire que je suis meilleur qu’un autre, tout le monde peut réussir à sortir quelqu’un chose de bon, tout le monde a quelque chose à sortir. C’est plaisant de rêver aux possibilités, après, tu joins la partie labeur, où tu dois mettre tes mains dans la pâte, c’est plus douloureux, c’est le travail, c’est la sueur de l’athlète, il faut s’engager, sans relâche, jusqu’au but qu’on s’est fixé.

Des fois je pense à ceux qui étaient là avant moi, mes parents, mes grands-parents, qui se sont sacrifié pour que j’aie une vie meilleure, pour que j’aille à l’école. Des fois je me demande s’il serait content de ce que je suis devenu. Ce genre de pensée me motive à me réveiller de bonne heure, à travailler mieux, parce que je ne suis pas certain que la réponse soit positive à 100%. Eux c’étaient des défricheurs, des bûcherons, des cultivateurs, des bâtisseurs. Moi, qu’est-ce que j’ai bâtis? Qu’est-ce que j’ai construit?

Je voudrais humblement tenté d’être à la hauteur de ces hommes et de ces femmes là.

Je suis en train d’apprendre un nouveau métier, je dois apprendre à bien écrire, ça veut dire publier des articles dans ce blog, d’accepter mes imperfections, de les embrasser, ce qui n’est pas toujours facile pour moi.  Ça veut dire, travailler à être de plus en plus proche de ce que je suis même si ce n’est pas toujours ce que je voudrais être. Au moins j’ai une bonne sensation de travailler sur quelque chose qui m’appartient, ma toune, d’être dans le cœur du sujet.

Comme ça, je me rapproche un peu de ceux-là qui on défricher pour moi.

P. Savard