Quelquefois il m’arrive de ne plus chercher

et de trouver que la pluie sent

notre entrée en ce monde

 

Le printemps revient avec ses airs doucereux

ses giboulées de larmes ses crottes de chien

parfois je me fais du bien en me disant

que je suis tanné d’être un humain

 

Ce qui est plus vrai

c’est que je suis encore assez ingénu

pour croire qu’en marchant seul

la nuit dans les ruelles

je vais trouvé un poème

par lequel on m’aimera

 

Sauf que je marche de moins en moins

dans ce que trop nomment la vraie vie

pour la simple et élevante raison

d’être complètement persuadé que

certains oiseaux ont une meilleure vie

 

Quelquefois il m’arrive de ne plus chercher

et de trouver que la pluie sent

notre entrée en ce monde

 

Alors je vais réveiller l’amour

je lui fais ce qu’il est

quelques gestes d’anti-mort

une salive sans mot

un crève-habitude

 

José Acquelin

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Le poème de ce jour : L’azur est la mort du hasard de José Acquelin

L’azur est la mort du hasard

 

Il faut bien être quelque chose

pour pouvoir se permettre d’être rien

le rêve est une volonté élémentaire

 

il ne suffit pas de regarder les nuages

dans le cerveau du voisin

oui le ciel est un cahier ligné

 

par tous les yeux qui s’y sont lancés

la terre est un œil qui nous porte

à l’enfermer sous nos paupières

 

l’égo est lent quand le cœur

est clair comme un verre de ciel

l’âme est une campanule dans la cloche du corps

 

la volonté de bonheur me déprime par son égoïsme

la décence consiste à quitter les perchoirs

pour voler sans ailes et sans remords

 

le ciel descend

pour que marche sur les nuages

heureux de ne pas être le soleil

 

José Acquelin

Là où finit la terre © Les Herbes rouges, 1999