Qui est cet homme ?

 

J’écris la saveur des premiers répertoires…

J’écris l’étroite maison rouge où passent des coulicous. Un homme avec une femme avec un enfant s’avancent dans un matin chargé d’impatientes. C’est un éveil à saveur de batture ; la largeur du ciel débonde la tête matinale. Il y a aussi le ventre du canot, son glissement de baume, la voie qu’il imprime dans le cœur. En contre-haut légèrement, la vie furtive du moqueur et son dernier tonnerre quand le renverse cet éclair épervier. Je ne parle pas. J’écris la saveur des premiers répertoires et dans le même souffle la plus dure flèche du carquois. J’écris ce qui chantait, ce qu’on attend au bord des fleuves, j’écris le claquement des canifs, l’escadrille qui fauche, j’écris un petit torse d’avenir, une poitrine consumée.

 

Pierre MORENCY, Effets personnels

 

Elle avance

nous nous habiterons l’un et l’autre sans raison

nus sans couleurs au terme du voyage

 

Elle avance dans moi par des voies sans lumière

et le jour petit-lait se répand tout à coup

sa main subtile allume à chaque instant la paille cachée

le vrai des choses grésille sous les apparences

et puis l’âme est si loin tapie, on dirait même

que des eaux secrètes en dedans font notre silence

elle avance dans moi moi dans elle par bonds

par blessure par joie par pulsation de l’air

par battement de racines par danse des feuilles

mais c’est plein de miroirs au creux de nous

c’est un manège au creux de nous qui ne s’arrête pas

 

elle avance dans moi blessé moi dans elle sans tête

moi dans elle sans yeux sans visage sans mains

nous nous habiterons l’un et l’autre sans raison

nus sans couleurs au terme du voyage

 

Pierre Morency Poèmes de la froide merveille de vivre

 

P.S

Peace & Poem