Douleur

Je m’appellerais l’amour
Que je te courtiserais,
Je m’appellerais la peur,
Que je te défendrais,
Je m’appellerais la nuit,
Que je t’illuminerais,
Je m’appellerais la mort
Que je t’épargnerais.

Pour te faire langueur
Comme tu m’as fait souleur
Je m’appellerais le vent
Que je te blesserais,
Ne me crois pas méchant
Écoute mon couplet
Je m’appelle douleur
Et tu es ma demeure.

J’ai tant battu les rues
J’ai tant battu les heures
Qu’enfin tu es venue
Comme en mer la lueur
T’as dit : « j’aime les fous
Parc’ qu’ils aiment les fleurs… »
Mis dans tes deux mains nues
Ma raison et mon cœur.

Ne me crois pas avant
Ne me crois pas servant
Je t’aime tant et tant
Maintenant tu le sens.
Traverserons les pleurs
Traverserons les ans
Traverserons les temps
Mon fardeau, ma chaleur…

 

Félix Leclerc

 

P.S Allé voir la magnifique mise en musique du magnifique Fred Pellerin de ce magnifique poème ici

 

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Le temps composé (Pour M)

Je n’ai pas besoin de raison

Pour ce que je suis devenu

La lumière à travers la fenêtre

Me plonge dans la pensée de toi

Les rayons d’amour me chauffent

Dans ce matin froid de novembre

Ce temps composé

Où assis à la fenêtre

Je ferme les yeux

Je touche tes lèvres avec les miennes

La douceur restaurée

Mon cœur s’ouvre à toi, tout grand

J’ai mis ces mots là

Tout simplement

Pour marquer le temps

Où je suis avec toi

Pour l’éternité.

 

Bien à toi

 

P

 

J’ai planté un autre poème dans la blogosphère

Essenine 1914
Sergueĩ Essenine 1914

 

Sergueĩ Essenine, l’insurgé de la poésie, le frère du vent

[…]

Dans la galère des sentiments me voici condamné
À tourner la meule des poèmes.
Mais sois sans crainte, vent insensé,
Crache tranquillement tes feuillages sur les prés !
L’étiquette de « poète » ne m’écorchera pas,
Moi aussi dans les chants je suis un voyou comme toi.

[…]

Je ne regrette rien, ni appels, ni larmes,
Tout passera comme la blancheur des pommiers.
Saisi par l’automne d’or déclinant,
Ma jeunesse, comme tu es à jamais loin.
Tu ne battras plus comme autrefois,
Mon coeur pris, frissonnant aux premiers froids,
Et au pays des cierges des blancs bouleaux
Je n’irai plus me promener pieds nus.
Âme errante ! Toujours plus rarement
Tu attises la flamme de mes lèvres.
Ô ma fraîcheur perdue
Ô mes regards, mes élans, mes fièvres.

Chaque jour, plus sobre, moins désirant.
Ô ma vie, ne fut-elle qu’un rêve ?
Comme si, au printemps, à l’aube sonore,
Je galopais sur un coursier rose.
Nous sommes en ce monde tous mortels,
Vois couler le cuivre des érables…
Ah ! Que soit à jamais béni
Ce qui est venu fleurir et mourir.

 
(La Confession d’un Voyou, 1921)

 

 

Le poème de ce jour; Vimy

Voici un très beau texte de Richard Desjardins en forme de lettre d’un soldat à sa femme. Ai-je besoin de rajouter quelque chose?

À l’heure où le gaz tue à nouveau dans un conflit absurde, il n’y a pas propos plus parlant. Ni chanson plus belle.

 

Si au moins
c’était pour toi
pour la rivière ou l’moulin
j’comprendrais mieux pourquoi que demain
demain j’vas tuer quelqu’un

Quelqu’un que j’connais pas
avec une rivière un moulin
avec une femme comme toi
qui chérit aussi bien
Demain j’vas l’tuer pour rien

Si la vie veut m’offrir
un dernier sentiment
ce serait mon désir
de mourir avant lui

Au moins qu’on m’épargne
la frayeur
de croiser son regard

Enterre mes outils dans la cour
Détache le chien pour toujours
T’offriras ta beauté
à mon frère qui la voulait aussi

Si jamais je reviens
t’auras le réconfort
d’un p’tit assassin
ou d’un grand homme mort

Pour rien, pour rien, pour rien.

 

Remous

Fuis cette onde placide

Où s’ébat trop de ciel;

Je saurai de mon ventre flude

T’arracher au soleil. Je saurai,

Tes jambes à mes jambes sœurs

Et ton cœur enserré de mes bras,

Épuiser l’ultime paysage

Du dernier souvenir.

 

Ta nuit seule en ma nuit;

Ton âme flétrie à mon agonie;

Ta musique ardente morte à mon long silence:

Je glisserai sur toi mes lentes caresses d’algues…

Et dans les conques nouvelles de ta bouche et tes yeux

J’éterniserai

La mortelle douceur de mon baiser

Et de mes larmes.

 

Alfred DesRochers  Voie d’eau

Le dernier poème d’amour

1.
Je me rappelle des trains
Je me rappelle des trains qui se promenaient
de droite à gauche à droite dans les grandes
fenêtres de ton grand appartement sous le
petit ciel de Sudbury.

Deux ans si c’est pas plus et je n’oublie
pas le goût de ton cou le goût de ta peau
ton dos beau comme une pleine lune dans
mon lit.
Le goût de te voir et le coût de l’amour
et nos chairs hypothéquées jusqu’au dernier
sang.

Je me rappelle des trains qui ont déraillé
dans tes yeux
Le nettoyage a été long.

2.
Dans le restaurant on vieillit autour
d’un verre de vin.
Dehors le scénario est toujours le même :
une banque sur un coin une église sur l’autre.
L’amour nous évite comme quelqu’un qui
nous doit de l’argent.
Tu es en face de moi et
tu es en feu dans moi et
je te désire.
Ton manteau de fourrure ton sourire
ô animal de mes réveils soudains.

Ensoleillée mais froide
ta beauté s’étend comme des violons
sur la neige brûlée.
Tes yeux trempes
tes yeux trompent.

Le silence se couche entre nous.

3.
Cette photo de toi tu es quelque part
dans ce brouillard de couleur tu
pars dans ton char ton oldsmobile
mouillée et rouillée c’est évidement
l’automne ou peut-être même
le printemps c’est une mauvaise photo
du bon vieux temps
un polaroid trop près de la mémoire.

Tu te peignes dans le rétroviseur
je te colle sur mes paupières pour
te voir quand je dors
et soudainement tu es dehors avec
le soleil dans les flaques d’eau et
les jeux du jeune et tu
es aussi belle en souvenir que dans
la vraie vie et

nous sommes les seuls survivants
de la guerre
et ceci
est le dernier poème d’amour
sur la terre.

 

Patrice Desbiens Le dernier poème d’amour

Canons, Robert Fortin

je crois à l’accident d’un mot qui surgit du silence

à l’instinct du loup dans le poète de force

moi j’ai besoin de peler un poème

pour sertir son parfum

jusqu’aux pépins de ma soif il n’est que pensée

j’ai aussi envie de voir

l’oie blanche et le hibou

au sommet du mont Royal

j’aime le vent qui passe dans les saules

comme une main de soie sur la chair blessée

je crois à l’accident d’un mot qui surgit du silence

à l’instinct du loup dans le poète de force

au jour buvard d’encre dans la patience de l’os

au vide en moi-même qui clarifie les yeux

au plein de la mort qui illumine l’habitude

canons