La passion des mots

Pourquoi la poésie ? Pourquoi cette écriture à contre-courant de toutes les vitesses d’usage, sinon pour s’ancrer dans une langue en désarroi qui échappe à ses balises… Dire simplement : j’ai la passion des mots, de leur souffle, de leur volume. C’est pour moi plus qu’une métaphore, car les mots, dans la poésie, se mettent réellement à bouger, à faire des histoires ; ils dérangent l’ordre du discours, organisent leur propre débit, trouvent leur voix, leurs figures. La poésie, c’est là où, ayant renoncé à la maîtrise du langage, j’accepte d’être jouée, piégée, remise en cause. Là où, paradoxalement, je renonce à l’unité du je comme sujet pour retourner à ma subjectivité.

Louise DUPRÉ, Choisir la poésie

Canons, Robert Fortin

je crois à l’accident d’un mot qui surgit du silence

à l’instinct du loup dans le poète de force

moi j’ai besoin de peler un poème

pour sertir son parfum

jusqu’aux pépins de ma soif il n’est que pensée

j’ai aussi envie de voir

l’oie blanche et le hibou

au sommet du mont Royal

j’aime le vent qui passe dans les saules

comme une main de soie sur la chair blessée

je crois à l’accident d’un mot qui surgit du silence

à l’instinct du loup dans le poète de force

au jour buvard d’encre dans la patience de l’os

au vide en moi-même qui clarifie les yeux

au plein de la mort qui illumine l’habitude

canons